J’ai beaucoup aimé « L’art français de la guerre » d’Alexis Jenni.


L’art français de la guerre. Cela faisait longtemps que j’avais envie d’écrire sur ce livre qui m’a tant plu. Je ne dirai pas que je l’ai lu d’une traite ou en deux heures. Ce serait totalement faux. C’est un livre trop dense, trop riche et trop beau pour que ce soit vrai. Il y a des livres qui me touchent tant, qui me plongent tellement dans leur univers, qui me font m’attacher si fort a leurs personnages et leurs histoires, ou des livres qui sont tout simplement si beaux qu’arrivé dans la dernière ligne droite des cinquante dernières pages, je m’aperçois que je m’arrange toujours pour trouver des prétextes pour ne pas lire. Je fais durer le plaisir. Je sais que la separation est proche alors je la fais durer aussi longtemps que possible. Je peux rester ainsi plusieurs jours sans lire.

L’art français de la guerre fait parti de ces livres. Je suis tombé dessus par hasard a la FNAC. Je n’avais rien lu dessus, rien entendu. C’est le titre qui m’a accroché sans doute parce qu’il m’a rappelé « L’art de la guerre » de Sun Tzu. Sans doute aussi parce que j’ai un faible pour cette collection de la NRF et enfin sans doute parce que même si j’accorde peu d’importance aux différents prix littéraires, le prix Goncourt reste un prix mythique.

J’ai donc sorti mon iPhone, tapé le nom de l’auteur Alexis Jenni dans Google, lu rapidement quelques articles sur lui et sur le thème du livre et j’ai décidé de l’acheter.

C’est un grand livre. Je pense ne pas avoir lu de livre récent de cette qualité depuis de nombreuses années.

L’histoire est celle de deux hommes qui se rencontrent et font un échange de bons procédés. Le premier sait écrire mais veut apprendre à dessiner tandis que le second sait dessiner et veut raconter sa vie mas ne sait pas écrire. Il va donc apprendre au jeune a dessiner tandis que celui-ci écrira ses souvenirs qui commencent au début de la seconde guerre mondiale.

Le livre retrace plus de soixante ans de guerre française, de la seconde guerre mondiale à nos jours et plus spécifiquement cette guerre qui a eu lieu de 1942 à 1962. Elle a commencé contre les nazis, continué contre les indépendantistes vietnamiens et elle a fini contre le FLN en Algérie. Ces guerres officielles ont pris fin en 1962 mais une nouvelle guerre, larvée celle-ci, a toujours lieu, c’est celle qui est menée dans les cités, contre ces gens qui ont leurs propres langues, leurs propres codes, contre ses gens qui viennent justement des anciennes colonies. Le message est clair : les problèmes sociaux actuels trouvent leur origine de ce passé français. Les jeunes de cité sont les enfants de ces anciens colonisés contre lesquels la France s’est battue avec son armée régulière et les militaires d’aujourd’hui ont été formés par ceux qui les ont combattu (et les Français d’aujourd’hui sont les enfants de ceux qui les ont combattus). D’ailleurs, de plus en plus souvent, face à la violence des affrontements, l’armée est envoyée dans ces endroits pour y rétablir le calme comme elle pouvait être envoyée dans la casbah d’Alger auparavant.

L’idée sous-jacente est double : depuis la seconde guerre mondiale la France est en proie a une véritable guerre civile qui la divise en deux. La Seconde Guerre Mondiale est bien entendue une guerre entre plusieurs pays, mais en France, elle a pris avec la collaboration une autre dimension, celle d’une guerre entre Français, celle d’une guerre entre deux visions radicalement opposées de l’identité française, mais entre deux visions de Français. Et la guerre d’Indochine reposait sur la même chose : une guerre entre deux visions de la France. Pour l’Algérie, cela est encore plus vrai, comme en témoigne le fait que l’Algérie n’était pas une colonie mais un département français, ou encore comme en témoigne la création de l’OAS et l’attentat contre le général De Gaulle qui avait compris que l’indépendance de l’Algérie était inévitable. Deux idéaux de l’identité française se sont opposés pendant ces 20 années de guerre ininterrompue.

Cette guerre continue. Elle continue à l’intérieur de nos frontières. Ces deux visions de la France s’affrontent toujours. Les anciens guerriers se sentent toujours en guerre et les fils des anciens colonisés ne se sentent pas Français. La guerre continue. La violence civile est partout dans la rue, dans la banlieue lyonnaise ou se déroule la narration actuelle du livre, dans les pharmacies de nuit occupées par des groupes de jeunes qui parlent forts, qui filtrent presque les entrées et les sorties. Ne nous leurrons pas. La guerre pour imposer un idéal de l’identité française a toujours lieu. Et c’est cela aussi que nous explique Alexis Jenni, les tensions sociales, raciales, la tentation sécuritaire d’aujourd’hui ont leurs racines enfouies dans ce passé guerrier français.

Mais « L’art français de la guerre » n’est pas un essai ou ce n’est pas qu’un essai. C’est un formidable roman qui nous fait revivre les ambiances des anciennes colonies et qui nous plonge en plein cœur de cette guerre de vingt ans avec toutes ces atrocités, toutes ces ambiguïtés mais aussi ces rencontres et ses amitiés naissantes entre soldats, entre soldats et colonisés.

Le style d’Alexi Jenni est magistral, puissant, un brin lyrique et il correspond parfaitement à l’ambition du livre.

J’ai pris énormément de plaisir à lire « L’art français de la guerre« , j’y repense souvent d’ailleurs et je sais déjà qu’il fait parti de cette catégorie de livres que j’aime relire régulièrement.

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Une réflexion au sujet de « J’ai beaucoup aimé « L’art français de la guerre » d’Alexis Jenni. »

  1. J’ai eu la même démarche que toi par rapport au titre, mais je suis moins enthousiaste, et pas assez bon en écriture pour développer mon point de vue.

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